Beaucoup d’épargnants pensent, à tort, que la gestion de patrimoine est un cercle fermé réservé aux multimillionnaires. Cette idée reçue les pousse souvent à rester de leur banque de détail, là où le conseil est standardisé et les solutions limitées.
Pourtant, la question du « montant minimum » n’est pas une barrière infranchissable, c’est une question de pertinence stratégique. Alors, à partir de quel capital est-il réellement avantageux de quitter le modèle bancaire classique pour un accompagnement sur mesure ?
Le ticket d’entrée en CGP
Dans la pratique, la plupart des cabinets de gestion de patrimoine (CGP) commencent à apporter une réelle valeur ajoutée pour des actifs financiers mobilisables à partir de 50 000 € ou 100 000 €.
Pourquoi ce seuil ? Ce n’est pas par élitisme, mais pour une raison d’efficacité pour le client :
- La rentabilité réelle : En dessous de ces montants, les frais de gestion et d’entrée peuvent peser sur la performance globale.
- L’ingénierie patrimoniale : Pour mettre en place des stratégies complexes (démembrement de propriété, optimisation fiscale via le PER, sélection de fonds de private equity), il faut une base de capital suffisante pour permettre de diversifier son allocation et ainsi générer un gain impactant pour l’évolution global du patrimoine.
Toutefois, ce montant peut varier si vous avez des revenus élevés avec une forte capacité d’épargne mensuelle. Un CGP regarde souvent votre potentiel et votre horizon de vie, là où une banque ne regarde que votre solde à l’instant T.
Pourquoi le montant minimum est aussi une protection pour le client ?
Il est important de comprendre que si un cabinet de gestion de patrimoine classique fixe un seuil, c’est aussi dans l’intérêt de l’épargnant. En dessous d’un certain montant, les honoraires de conseil ou les frais fixes de certains contrats haut de gamme pourraient « grignoter » la rentabilité de votre investissement.
Le rôle du CGP n’est pas simplement de placer de l’argent, mais de s’assurer que le coût du conseil est toujours largement compensé par la valeur créée (gain fiscal, meilleure sélection de fonds, optimisation de la transmission).
Cas n°1 : Christophe, 35 ans – Cadre supérieur, objectif constitution de capital
- Situation : 80 000 € d’épargne dormante, forte capacité d’épargne (1 500 €/mois).
- Besoin : Dynamiser son capital pour un futur achat de résidence principale.
- Allocation proposée :
- Assurance-vie (40%) : Unité de compte diversifiées (Actions Monde/Tech) pour la performance long terme.
- SCPI de rendement (30%) : Acquisition de parts via un crédit Lombard pour créer un effet de levier.
- Plan Épargne Retraite – PER (30%) : Pour déduire les versements de son revenu imposable (Tranche à 30% ou 41%).
Si Marc n’avait pas poussé la porte d’un cabinet indépendant, son parcours aurait été radicalement différent :
-
-
- À la Banque : Le conseiller lui aurait proposé un PEL (Plan Épargne Logement) plafonné à 2% et une assurance-vie « grand public » chargée de frais d’entrée.
- Un manque à gagner de plusieurs milliers d’euros par an et une fiscalité subie de plein fouet sans aucune stratégie de déduction.
- En Banque en ligne : Marc aurait probablement ouvert une assurance-vie seul en choisissant des fonds au hasard ou par défaut.
- Sans conseil, Marc n’aurait jamais entendu parler du crédit Lombard ou de l’astuce fiscale du déblocage anticipé du PER pour la résidence principale. Il aurait investi « à plat », sans l’effet multiplicateur du levier.
- À la Banque : Le conseiller lui aurait proposé un PEL (Plan Épargne Logement) plafonné à 2% et une assurance-vie « grand public » chargée de frais d’entrée.
-
Allocation d'actifs : Profil de Christophe
- Assurance Vie (40%) : 32 k€
- SCPI de rendement (40%) : 24 k€
- PER (30%) : 24 k€
Cas n°2 : Isabelle & Jean, 55 ans – Préparation de la retraite et transmission
- Situation : 250 000 € placés sur des livrets et vieux contrats bancaires peu performants.
- Besoin : Générer des revenus complémentaires futurs et protéger leurs deux enfants.
- Allocation proposée :
- Contrat de Capitalisation (50%) : Avec clause bénéficiaire démembrée pour anticiper la succession.
- Portefeuille de fonds obligataires « Datés » (30%) : Pour sécuriser un rendement connu à un horizon 2028-2030.
- Private Equity (20%) : Accès à l’investissement dans des entreprises non cotées pour aller chercher du rendement décorrélé des marchés boursiers.
Sans une vision globale de cabinet, Isabelle et Jean passeraient à côté de l’essentiel :
- À la Banque : Le conseiller se contenterait de leur proposer un nouveau « contrat maison » en versant le contenu des livrets dessus.
- La clause bénéficiaire resterait « standard » (conjoint, à défaut les enfants). Résultat : au premier décès, le survivant est protégé, mais au second, les enfants paieront des droits de succession de plein fouet sur un capital qui n’aura pas été optimisé.
- En Banque en ligne : Ils pourraient souscrire à des fonds en ligne, mais la gestion serait purement financière.
- La banque en ligne ne propose pas de contrat de capitalisation démembré. Ils auraient une performance correcte, mais un désastre fiscal sur le plan civil. De plus, à 55 ans, la gestion de la sortie en rente ou en retraits partiels nécessite une ingénierie que l’interface web ne fournit pas.
Allocation d'actifs : Profil de Isabelle et Jean
- Assurance Vie (50%) : 125 k€
- Fonds obligataires datés (30%) : 75 k€
- Private Equity (20%) : 50 k€
Cas n°3 : Thomas, 45 ans – Chef d’entreprise, optimisation de trésorerie de holding
- Situation : 500 000 € de trésorerie excédentaire dormant sur le compte courant d’une société (Holding).
- Besoin : Faire fructifier les excédents à moyen terme et optimiser la fiscalité sur les revenus financiers de la société.
- Allocation proposée :
- Contrat de Capitalisation Personne Morale (60%) : Pour accéder à des fonds obligataires dynamiques tout en bénéficiant d’une fiscalité différée sur les plus-values.
- Usufruit temporaire de parts de SCPI (30%) : Pour placer la trésorerie sur 5 à 10 ans avec un rendement élevé, quasiment net d’impôt grâce à l’amortissement comptable.
- Compte-Titres avec produits structurés (10%) : Pour aller chercher un coupon de performance avec une barrière de protection du capital à l’échéance.
Sans une expertise de cabinet, la trésorerie de Thomas resterait un actif « mort » ou mal exploité :
- À la Banque : Le conseiller pro lui proposerait un Compte à Terme (CAT) bloqué sur 2 ans avec un rendement faible, ou des OPCVM monétaires chargés de frais.
- Une fiscalité à l’IS subie chaque année et une rentabilité qui couvre à peine l’inflation. La banque n’a généralement pas de solution d’usufruit de SCPI, un montage jugé trop technique.
- En Banque en ligne : La plupart ne permettent même pas l’ouverture de comptes pour des personnes morales (sociétés) avec des besoins d’investissement complexes.
- Thomas est bloqué techniquement. S’il réussit à ouvrir un compte-titres, il se retrouvera seul pour gérer les déclarations fiscales complexes liées aux actifs de sa holding.
Allocation d'actifs : Profil de Thomas
- Contrat de capitalisation (60%) : 300 k€
- SCPI (30%) : 150 k€
- Produits structurés (10%) : 50 k€
Quelle structure pour quel profil ?
Pour choisir la bonne enveloppe, il ne faut pas seulement regarder le montant sur votre compte, mais le ratio coût/service/temps que vous êtes prêt à y consacrer.
La Banque
La banque classique reste le choix par défaut pour la majorité des Français. Elle possède des atouts indéniables, même si le conseil y est souvent plus « standardisé ».
- Avantages : * Accessibilité totale : Aucun ticket d’entrée pour les produits de base (Livret A, LDDS).
- Tout-en-un : Vous centralisez vos comptes courants, vos crédits immobiliers et votre épargne au même endroit.
- Maillage physique : Il y a toujours une agence à proximité.
- Limites : Le catalogue de produits est fermé. Votre conseiller ne vous proposera jamais un contrat d’une banque concurrente, même s’il est plus performant.
2. Les robo-advisors (Yomoni/Goodvest/Fortuneo etc.)
Les plateformes digitales (Fintech) ont révolutionné l’accès à l’investissement financier grâce à la technologie.
- Avantages :
- Frais ultra-compétitifs : En supprimant l’intermédiaire humain, les frais de gestion sont réduits au maximum.
- Expérience utilisateur : Des interfaces fluides, une souscription en 10 minutes et une transparence totale sur les performances.
- Disponibilité : Vous gérez tout depuis votre smartphone 24h/24.
- Limites : C’est une gestion « en silo ». Le robot optimise votre portefeuille financier sans vous apporter un accompagnement personnalisé et donc qui conviendrait le mieux à votre situation : il ignore si vous avez un enfant à protéger, un héritage à préparer ou un projet de holding immobilière.
Le Cabinet de Gestion de Patrimoine (CGP) : L’architecture ouverte
Le CGP intervient là où les solutions automatisées et bancaires s’arrêtent : dans la complexité et le sur-mesure.
- Avantages :
- Indépendance et choix : Le CGP travaille en « architecture ouverte ». S’il estime qu’une SCPI X est meilleure qu’une SCPI Y, il peut vous la proposer sans contrainte de marque.
- Expertise transversale : Il fait le pont entre votre banquier, votre notaire et votre expert-comptable.
- Réactivité humaine : En période de crise, vous avez quelqu’un au bout du fil qui connaît votre historique familial et professionnel.
FAQ : Quel montant minimum pour un CGP ?
Faut-il être millionnaire pour faire appel à un Cabinet de Gestion de Patrimoine (CGP) ?
Absolument pas. C’est l’une des idées reçues les plus tenaces. Si les « Banques Privées » de prestige exigent souvent des tickets d’entrée à 500 000 € ou 1 million d’euros, la plupart des cabinets de gestion de patrimoine indépendants sont accessibles dès 50 000 € à 100 000 € d’actifs financiers. L’important n’est pas seulement le montant actuel, mais votre dynamique d’épargne et vos projets.
Quelle est la différence entre un CGP et mon conseiller bancaire habituel ?
Le conseiller bancaire est souvent généraliste et limité aux produits de sa propre enseigne. Le CGP travaille en architecture ouverte : il a accès à l’ensemble du marché (assureurs, sociétés de gestion, promoteurs immobiliers). De plus, le CGP est un entrepreneur : il vous suit sur le long terme, là où les conseillers bancaires changent d’agence tous les deux ou trois ans.
Est-ce que faire appel à un CGP coûte cher ?
Le coût doit être vu comme un investissement. Le CGP est rémunéré soit par des honoraires de conseil (pour une étude précise), soit par des commissions sur les produits sélectionnés. Dans la majorité des cas, le gain fiscal et la performance supérieure des supports sélectionnés par le CGP couvrent largement ses frais de conseil par rapport à une gestion bancaire classique « chargée » en frais et peu performante.
Puis-je conserver ma banque actuelle tout en étant suivi par un CGP ?
Tout à fait. Vous gardez votre banque habituelle pour vos opérations courantes (carte bancaire, compte chèque, prêt immobilier). Le CGP intervient comme un expert externe pour piloter vos placements stratégiques, votre fiscalité et votre transmission, sans que vous n’ayez à changer vos habitudes bancaires quotidiennes.
Comment savoir si mon patrimoine est « assez complexe » pour un cabinet ?
La complexité n’est pas qu’une question de chiffres. Dès que vous avez des objectifs croisés (ex: vouloir protéger votre conjoint, réduire vos impôts et préparer un achat immobilier simultanément), l’approche globale d’un CGP devient indispensable. Si votre conseiller actuel ne vous parle que de « produits » sans analyser votre situation civile et fiscale, c’est le signe qu’un cabinet vous apporterait une réelle plus-value.




